Pour ouvrir sa saison à la Salle Wilfrid-Pelletier, l’Opéra de Montréal frappe un grand coup avec une production monumentale de Turandot de Giacomo Puccini.

Proposée pour seulement 4 représentations, cette coproduction d’envergure internationale réunit les forces de l’Opéra de Montréal, du Washington National Opera et de The Dallas Opera (où elle sera présentée au printemps 2027).

Sur scène et en fosse, la puissance est totale : près de 170 artistes ; solistes de calibre international, grands chœurs, chœur d’enfants et musiciens déploient un climat de travail d’une rare assurance et d’une complicité précieuse, sous l’accompagnement d’un travail musical méticuleux (notamment soutenu par Jérôme De Los Santos au piano).
Une scénographie dystopique : sortir des stéréotypes

Traditionnellement ancrée dans une Chine ancienne très stylisée, cette mise en scène fait le pari de dépoussiérer l’œuvre de ses clichés orientaux et misogynes.
- Un univers intemporel et rétrofuturiste : Le décor imposant délaisse les palais traditionnels au profit d’un complexe post-industriel et dystopique. Surmonté par la présence obsédante de la lune symbole de mort et de fatalité, le lieu rappelle un centre de réfugiés ou un espace d’attente pour des êtres déracinés, faisant directement écho aux enjeux d’immigration d’aujourd’hui.

- Le peuple et la bureaucratie : La foule des anonymes et la bureaucratie du pouvoir s’y croisent dans une atmosphère de tension permanente, apportant une résonance éminemment contemporaine au livret.
Un final inédit : de la princesse froide à la cheffe d’État

Puccini est mort en 1924 avant d’avoir pu achever le dernier acte. Un siècle après la création de l’œuvre, cette production s’affranchit du final traditionnel d’Alfano pour intégrer une toute nouvelle fin (notamment signée par le compositeur Christopher Tin).
Plutôt que d’imposer un dénouement soudain à une princesse représentée comme un monstre de cruauté découpant la tête des hommes, l’œuvre propose une transition humaine et crédible :
- La force de la métamorphose : Grâce au pouvoir de l’amour et au sacrifice de Liù, Turandot fends son armure émotionnelle.
- Une souveraine éclairée : De princesse distante et vengeresse, elle se transforme en une véritable cheffe d’État, guidée par la compassion et tournée vers son peuple.
- Une lueur d’espoir : La conclusion offre une perspective de vie nouvelle et lumineuse pour cette cité opprimée.
Le génie visionnaire de Puccini

Puccini n’a jamais voyagé en Orient, mais son intuition musicale relevait du pure génie. En intégrant des percussions et des mélodies traditionnelles intégrées à l’écoute par transmission orale, il a façonné une partition d’une modernité inouïe.
Dépassant les limites de la tonalité de l’époque tout en conservant une écriture solaire qui sublime les voix, la musique de Turandot demeure une mine d’informations inépuisable et une source d’inspiration absolue pour les interprètes. Cette production magistrale rend un hommage vibrant à cette œuvre mythique tout en la propulsant avec audace dans le XXIe siècle.
- Lieu : Salle Wilfrid-Pelletier, Place des Arts (Montréal)
- Durée : Environ 2 h 45 (avec entracte)
- Billetterie officielle : Réservez directement vos places sur le site officiel de l’Opéra de Montréal ou auprès de la billetterie de la Place des Arts.

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