Présenté du 9 au 19 septembre 2026, le Festival Quartiers Danses déploie pour sa 24ᵉ édition une programmation d’une grande richesse, célébrant la création sous toutes ses formes.

Lors de la soirée d’ouverture à la Cinquième Salle de la Place des Arts, nous avons vu Les Grands Ballets Canadiens offrir une traversée d’une émotion rare avec le pas de deux tiré de Jeunehomme, chef-d’œuvre du chorégraphe allemand Uwe Scholz. Une plongée de quinze minutes entre classicisme sublimé et vulnérabilité humaine.
L’art du dénuement et la virtuosité néoclassique

Fondée à Montréal en 1957 par Ludmilla Chiriaeff, la compagnie des Grands Ballets démontre une fois de plus sa maîtrise avec cet extrait de Jeunehomme, pièce créée en 1986 sur le célèbre Concerto pour piano n° 9 de Wolfgang Amadeus Mozart.

Dans un dépouillement scénique absolu, sans aucun décor, les corps sont livrés à une nudité plastique qui concentre toute l’attention sur la pureté du mouvement.
L’écriture de Scholz emprunte énormément aux codes du ballet classique tout en s’en échappant par des torsions et des décalages contemporains. Le vocabulaire néoclassique, poussé à son paroxysme de précision et de virtuosité, ne cherche jamais la démonstration technique gratuite : il s’impose comme un véhicule d’une émotion brute.
Une symbiose dissymétrique : la femme célébrée, l’homme en soutien

La pièce s’articule autour d’un récit amoureux tumultueux, traversé par une mélancolie romantique et dénué de toute violence. La relation entre les deux interprètes se déploie dans une dynamique fascinante. Si une forme d’hétéronormativité persiste à travers le rôle du partenaire masculin qui porte, élève et sécurise la ballerine, ce portage s’apparente moins à une domination qu’à un acte de dévouement.
Le rôle de l’homme est ici pensé pour valoriser le corps de sa partenaire, pour la faire grandir et la révéler. La danseuse évolue avec une légèreté presque impossible, défiant la gravité. Le duo alterne entre des moments de symbiose parfaite et des phases de dissonance, reflétant la fragilité de leur lien.
La rupture et la solitude sur pointe

Le point de bascule de cette pièce survient lors du départ de l’homme. La séparation est brutale mais silencieuse. La musique s’apaise, laissant s’élever les notes épurées du piano solo.
S’ensuit une séquence d’une poésie saisissante : la danseuse, restée seule en scène, se met à marcher sur les pointes avec une délicatesse extrême. Cette déambulation solitaire, empreinte d’une souffrance retenue, incarne l’apprentissage douloureux de la solitude. Réapprendre à vivre et à traverser l’espace sans tuteur devient une épreuve de résilience.
Un retour brisé : le sublime de l’adieu

La conclusion du pas de deux atteint des sommets de grâce lorsque l’homme réapparaît. Le retrouvant après l’absence, la danseuse vient s’effondrer contre lui, comme brisée par l’épreuve, avant de repartir définitivement.
Ce geste de retour et d’abandon final évite tout pathos superflu. Il résume à lui seul la tension de cette soirée d’ouverture : une alliance entre la rigueur de la danse néoclassique et la vérité d’un sentiment humain mis à nu. Une prestation magistrale qui confirme l’intemporalité de l’œuvre d’Uwe Scholz.
Pour découvrir l’ensemble de la programmation et réserver vos places pour les autres spectacles de la saison, rendez-vous sur le site officiel du Festival Quartiers Danses

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