Prix Jovette-Marchessault : L’indocile Brigitte Poupart honorée pour sa vision audacieuse

Le 4 mai 2026, dans le café-bar chaleureux de l’Espace GO à Montréal, le théâtre québécois a célébré l’une des siennes avec une élégance et une profondeur rares.

La soirée avait tout d’un rituel intime. Pas d’estrade monumentale, pas de projecteurs éblouissants, juste des artistes réunies autour d’un prix qui compte, le prix Jovette-Marchessault, dans l’écrin naturel qu’est l’Espace GO, maison historique de la création théâtrale féministe à Montréal.

Crédit : Frédérique Aubin-Ménard

C’est Brigitte Poupart qui, au terme d’une belle soirée de discours finement ciselés, s’est vu remettre la 7ème édition de ce prix par Nathalie Maillé, directrice générale du Conseil des arts de Montréal.

La lauréate et son discours : la beauté de l’hommage rendu aux vivantes

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Quand Nathalie Maillé a prononcé le nom de Brigitte Poupart comme 7ème lauréate, la salle a retenu son souffle, puis a laissé place à l’émotion. La directrice du CAM a salué une artiste dont l’aisance à circuler entre les disciplines et à relier les pratiques, avec audace et liberté, fait émerger une création indocile et résolument actuelle. 

Mais c’est le discours de Brigitte Poupart elle-même qui restera gravé dans les mémoires de ceux qui étaient présents ce soir-là. Elle a soulevé une vérité simple et bouleversante : on entend trop souvent des hommages posthumes, et recevoir de beaux mots de son vivant est un cadeau rare, précieux, profondément bien accueilli.

Elle a évoqué sa longue relation avec l’Espace GO de 1999 à 2021, la maison Go a accueilli ses œuvres, œuvres résolument féministes et l’honneur profond d’être nommée aux côtés de Marie Brassard.

Elle a aussi regardé en arrière, chose qu’on fait trop rarement : sa première mise en scène, à l’âge de dix ans, une comédie musicale montée avec ses voisins. Un désir inconscient de réunir, déjà.

=> Elle a parlé de la sous-représentation et du sous-financement des metteuses en scène au Québec dans les années 1990, de la nécessité de casser les codes, d’apprivoiser la peur et d’en faire une alliée plutôt qu’un obstacle.

Elle a conclu avec générosité, passant le flambeau : c’est Sophie Gee, a-t-elle dit avec confiance et affection, qui écrira la suite.

Diversité : le plaidoyer de Sophie Gee

La cérémonie a également été marquée par les réflexions profondes de la finaliste
Sophie Gee.

Metteuse en scène sinocanadienne, elle a profité de cette tribune pour
souligner la sous-représentation persistante des artistes asiatiques à Montréal. Sa
pièce Bonnes Bonnes, une relecture de Genet, explore avec une force sensorielle les
thèmes du racisme intériorisé et de l’identité.

=> Entendre le mandarin sur une scène montréalaise est apparu comme un acte de résistance et de reconnaissance identitaire majeur.

Les discours ont mis en lumière cette « langue du secret », ce dialogue invisible fait
de regards et d’énergie qui unit les créateurs. Cette 7ème édition rappelle que le
théâtre est avant tout un lieu où l’on « apprivoise la peur pour en faire une alliée ».

Le prix Jovette-Marchessault est offert chaque année à une artiste de théâtre ayant contribué au développement de la pratique. Il est remis en rotation sur 3 ans selon la fonction artistique : metteuses en scène, conceptrices et autrices en théâtre. 

Prix : une bourse de 20 000 $.

+ Air Transat a offert un voyage aller-retour vers Paris.

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